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La ville en magazines
Entre vie citadine et cadence infernale, les villes de Chine continuent de faire couler beaucoup d’encre. Si on a souvent écho des débats qui se déroulent à l’occasion des grands évènements internationaux, on connait moins la teneur des discussions qui se jouent au quotidien en Chine même. De nombreux titres de presse ont en effet Lire la suite...
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Victor F.S. Sit fait paraître une synthèse magistrale sur l’histoire de l’urbanisme en Chine
Victor F.S. Sit, professeur à la Hong Kong Baptist University, vient de faire paraître un ouvrage, Chinese City and Urbanism, qui reprend le long fil de l’histoire de l’urbanisme en Chine avec une pérodisation qui débute aux temps immémoriaux de la culture Yangshao et s’achève dans la Chine socialiste après un cheminement dans les différentes Lire la suite...
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« La ville, laboratoire de la Chine de demain », un dossier de la revue Perspectives chinoises
La revue Perspectives chinoises, du Centre français d’études chinoises à Hong Kong, vient de faire paraître un numéro consacré aux villes chinoises. Voici un extrait de l’éditorial du directeur de la publication, Jean-François Huchet, présentant les différentes contributions :
« L’équipe de rédaction de Perspectives chinoises a décidé de consacrer un dossier spécial aux villes chinoises. Une Lire la suite...
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- Jean-François Doulet dans La sociologie chinoise à la rescousse
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- ...0... dans Shanghai, la meilleure des villes : trois émissions de Planète Terre sur France Culture
La Ferme QQ (QQ农场) : une « Happy Farm » en vrai à Xi’an
La « Ferme QQ » (QQ农场, en chinois), c’est un drôle de nom qui, à chaque énonciation provoque chez les Français une incontrôlable envie de rire à peine masquée par un sourire amusé. En réalité, ce nom puise son origine dans la connexion entre le monde d’Internet, la société réelle (en opposition à la société virtuelle sur la toile) et les nouveaux désirs des citadins chinois.
QQ est très populaire dans la société chinoise ; il est très prisé dans la communication en ligne ou les réseaux sociaux sur des sites comme Facebook ou MSN. En 1998, la société chinoise Tencent (腾讯, en chinois) crée le système de communication appelé QQ avec comme logo un petit pingouin. Rapidement QQ séduit d’abord les jeunes étudiants chinois, puis touche toutes les tranches d’âge, tous les métiers, toutes les classes sociales. Le nombre d’utilisateurs en ligne simultanément atteint un nouveau record avec 10 millions de profils enregistrés le 6 février 2005. C’est un véritable phénomène de société. Aujourd’hui QQ est présent dans la téléphonie mobile, sur les adresses électroniques, les blogs, des éléments de communication indispensables pour beaucoup de chinois. Au début de l’année 2009, le jeu de société en ligne « Kai Xin Nong Chang (开心农场)» ou «Happy Farm» (http://web.pcgames.com.cn/qqnc) créé par la société chinoise « Wu Feng Zhong (五分钟) » (« 5 minutes », en français) est mis en ligne sur plusieurs sites populaires comme QQ qui le baptise alors « ferme QQ » (QQ农场). Ce jeu est devenu un incontournable dans la sphère Internet. Le principe du jeu est de gérer en ligne une ferme en effectuant les phases de travail de base dans l’agriculture comme semer, labourer ou arroser. On peut aussi « voler » des produits chez d’autres utilisateurs sur un clic de souris, puis vendre les produits pour récupérer une monnaie virtuelle et agrandir sa ferme. Certains utilisateurs se sont inspirés du plaisir naissant chez les citadins de planter des légumes, fussent-ils virtuels, pour faire naître les premières « fermes QQ » (QQ农场) dans le monde réel.
Il est difficile de donner la date exacte de la transformation du jeu en ligne « Happy Farm » en activité réelle en Chine, mais on sait que M. ZHANG Po est le premier agriculteur à s’être lancé dans cette aventure à Xi’an. La ferme QQ est alors née affublée du sobriquet de « ferme QQ » très familier pour une population chinoise imprégnée de la culture Internet ; avec tel nom, M. Zhang espère bénéficier des retombées de la popularité de QQ. Aujourd’hui la Ferme QQ n’accueille que du maraîchage en raison de sa superficie limitée. Cette nouvelle forme d’exploitation maraîchère se trouve dans la zone protégée et destinée à « l’espace agricole nécessaire » par le gouvernement : une zone comprimée entre la montagne Qinling (zone naturelle protégée) et les limites de la ville.
Comment alors cette « Happy Farm » fonctionne-t-elle sur un terrain non virtuel ? Le système est simple : louer une parcelle, cultiver librement, et récolter le fruit de son travail. Un contrat d’engagement d’une durée d’un an pour chaque parcelle de 20m² avec des frais annuels de 600 Yuans (environ 60 euros par an). M. Zhang fournit tous les outils, des semences, l’eau, la formation, l’assistance technique. Les locateurs sont libres de cultiver tout ce qu’ils veulent. Quand ils n’ont pas le temps, il suffit de passer un coup de téléphone, et M. Zhang prend le relais pour s’occuper du champ, un service assuré et nécessaire pour qu’ils s’engagent. D’ailleurs, tous respectent la même charte : chacun cultive son propre champ, il est évidemment interdit de voler chez les autres (même si cela se fait dans le jeu en ligne…). Dans le cas du non respect de la charte, le panneau indiquant le nom du locataire de la parcelle est enlevé, désignant ainsi à la vue de tous, dans la honte, le filou.
M. Zhang, la trentaine, énergique et chaleureux, vient d’un petit village à proximité. Contrairement aux autres villageois qui se précipitent pour chercher du travail en ville, il a préféré rester à la campagne, un cadre qui lui plaît. Autrefois joueur passionné de « Happy Farm » en ligne, l’idée de créer la ferme en version réelle lui est venue au fur et à mesure des parties. Il a alors négocié avec des agriculteurs pour rassembler de petites parcelles en une grande surface agricole. Aujourd’hui M. Zhang dispose de presque 1 ha de superficie pour réaliser sa ferme QQ (il possèdait à l’origine 0.1 ha d’espace agricole seulement). Au début de l’année 2010, la ferme venait tout juste de voir achever un tiers des aménagements comprenant un bassin d’eau destinée à l’arrosage, une simple clôture en bambou ficelé, un chemin pavé distribuant les parcelles, quelques petites constructions en brique et une partie du terrain labouré. Deux tiers du terrain restent à labourer en 2011.
Le développement de la Ferme QQ s’est fait rapidement grâce d’abord à sa localisation au bord de la route « ZI Wu 子午大道» très fréquentée par les touristes citadins pour aller à la montage Qinling ; il y a eu le petit article publié dans le journal local « Hua Shang 华商报» (N° le 12 juin 2010) ( http://hsb.hsw.cn/2011-03/29/node_833.htm), puis l’annonce promotionnelle lancée sur internet par M. Zhang (http://www.029.cn/live/live_5906.html ) . La Ferme QQ a commencé à accueillir ses premiers clients en avril 2010, et en juin les résultats des cultures étaient déjà bien visibles. Malgré un terrain qui n’est pas exploité sur sa superficie totale, M. Zhang reste très optimiste. En premier lieu parce que certains locataires ont déjà prolongé leur bail pour 2011. Ensuite, les frais d’engagement vont augmenter pour passer à 200 yuan/parcelle en 2011. Et enfin, certains terrains non aménagés sont déjà réservés par de futurs clients. Parmi ces clients, M. Zhang est très fier de montrer une parcelle cultivée par une famille italienne qui utilise des grains italiens. Sinon, la plupart de ses clients sont des citadins chinois. Les jeunes couples viennent pour leurs loisirs, pour vivre le quotidien d’un agriculteur, travailler au plus près de la terre, et échapper un moment au stress de la ville. Les personnes âgées viennent souvent accompagnées de leurs petits enfants, à la fois pour enseigner aux plus petits le travail de la terre, et retrouver la nostalgie de leur vie passée. En effet, certains sont d’origine paysanne, ont perdu leur terrain, et habitent aujourd’hui dans de grandes tour d’habitation. En dépit d’une condition de vie nettement améliorée, la terre leur manque.
Cette petite Ferme QQ n’a pas été programmée par des aménageurs professionnels : elle résulte juste d’une idée spontanée issue d’une initiative individuelle. Mais cette démarche est une réussite à la fois économique et sociale, tout en garantissant la fonction agricole d’un espace qui risquait de devenir une friche (on peut toujours imaginer des améliorations sur ce type d’espace…). Ce qui est plus intéressant dans cette mutation reste son origine : une idée spontanée qui apporte une opportunité pour la ville. L’initiative de M. Zhang a en effet fait des émules depuis : trois nouvelles « fermes QQ » ont ouverts à Xi’an…