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La ville en magazines
Entre vie citadine et cadence infernale, les villes de Chine continuent de faire couler beaucoup d’encre. Si on a souvent écho des débats qui se déroulent à l’occasion des grands évènements internationaux, on connait moins la teneur des discussions qui se jouent au quotidien en Chine même. De nombreux titres de presse ont en effet Lire la suite...
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Victor F.S. Sit fait paraître une synthèse magistrale sur l’histoire de l’urbanisme en Chine
Victor F.S. Sit, professeur à la Hong Kong Baptist University, vient de faire paraître un ouvrage, Chinese City and Urbanism, qui reprend le long fil de l’histoire de l’urbanisme en Chine avec une pérodisation qui débute aux temps immémoriaux de la culture Yangshao et s’achève dans la Chine socialiste après un cheminement dans les différentes Lire la suite...
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« La ville, laboratoire de la Chine de demain », un dossier de la revue Perspectives chinoises
La revue Perspectives chinoises, du Centre français d’études chinoises à Hong Kong, vient de faire paraître un numéro consacré aux villes chinoises. Voici un extrait de l’éditorial du directeur de la publication, Jean-François Huchet, présentant les différentes contributions :
« L’équipe de rédaction de Perspectives chinoises a décidé de consacrer un dossier spécial aux villes chinoises. Une Lire la suite...
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Mobilisation artistique pour la protection du lac de l’Est
Située dans la région des lacs, Wuhan – et ses paysages industriels – n’accroche décidément pas le regard des passants par sa beauté. Néanmoins un lieu en cette ville fait la fierté de ses habitants et sa renommée à travers la Chine : le lac de l’Est (Donghu). Conté pour la féérie de ses rives verdoyantes et la richesse de sa faune depuis des siècles, il a longtemps été un ilot de verdure et de paix. Avec la frénésie qui s’empare de la Chine aujourd’hui, l’avenir du lac semble de plus en plus morose au grand damne de ses habitants. Récit d’une saga de résistance citoyenne et artistique face à la destruction programmée de ce célèbre lac.
Un projet de parc d’attraction autour du Lac
Les choses ont bien changé depuis que Mao a fait construire sa villa pour profiter du calme du Lac de l’Est lors de ses retraites hors du monde. Le lac de l’Est se voit aujourd’hui assailli de toutes parts par l’urbanisation galopante de la ville de Wuhan. Avec une surface de plus de 33 km², il se situe au centre du quartier de Wuchang et fait office de poumon dans cette zone en plein développement. Le Sud du lac a été entièrement rejoint par la ville, mais sa partie Nord continue d’abriter des zones de pêche et des espaces plus protégés.
L’ancien directeur de la province du Hubei, Yu Zhengsheng, s’était pendant des années opposé à tout projet de construction massif en bordure du lac de l’Est. Natif de Wuhan, il avait sans doute la nostalgie des baignades dans le lac durant la chaleur estivale qui avoisine ici les 40 degrés pendant plusieurs mois. Aujourd’hui les baigneurs se font très rares. Images tragiques de la pollution de l’eau, des bancs de poisson morts flottent à sa surface, rebutant même les plus téméraires à se mettre à l’eau.
Le nouveau gouverneur en place depuis 2007, ancien maire de Yichang – la ville du barrage des Trois Gorges, a pour sa part une vue bien différente sur le développement futur des abords du lac. En Avril, il a en effet mis en place un projet d’envergure en délivrant à la compagnie OCT (Overseas Chinese Town) l’autorisation pour ouvrir un immense parc d’attraction dans la partie Nord du Lac – jusqu’alors encore très protégée.
Esquisse du projet de parc d’attraction sur le lac de l’Est
Pour construire ce parc, la société basée à Shenzhen et propriétaire du projet (Shenzhen Overseas Chinese Town Holding Company) met en place des moyens à grande échelle. Elle se propose de remblayer le lac sur pas moins de 2 km². Le projet, intitulé « Happy Valley » devrait être fini fin 2011. La construction des infrastructures nécessaires à ce gigantesque parc de loisir suppose donc la destruction du littoral d’un des derniers lieux encore préservés de la ville. Plus encore, un centre de pêche et d’élevage très actif a été fermé, laissant plusieurs centaines de personnes sans emploi ni logement.
carte d’aprés Global Times du 28/07/2010
La partie en rouge était déjà remblayée aux débuts des travaux en Avril 2010.
Expulsions et début du chantier
Afin de pouvoir débuter les travaux, les habitants des villages alentour ont été expulsés sans ménagement. Les habitants du village de Heping, situé en bordure du site de construction, dénoncent sans détour l’enrichissement du comité du village au détriment des paysans et pêcheurs. Le gouvernement local s’est allié avec des gens peu fréquentables, reconnus comme malfrats notoires, pour pratiquer les évictions. En payant cette pègre pour des expulsions parfois très violentes, l’argent destiné au relogement des habitants expulsés n’a bien souvent pas été distribué. Un paysan nommé Song et sa femme racontent : « Nous avons vécu ici près de 60 ans. Il y avait des canards sauvages et des crevettes blanches. Désormais tout a été remblayé et il ne reste rien. » Ils expliquent également comment ils ont vu leur voisine de 80 ans trainée à terre puis battue car elle refusait de partir de sa maison. « Ils ne nous ont jamais montré aucune autorisation légale. », déplorent-ils. La somme de 1000RMB par mètre carré de terre a été versée comme dédommagement aux habitants. Bien peu quand on connait la situation du logement dans les villes chinoises et notamment à Wuhan où les appartements les moins chers se vendent entre 2000 et 3000 RMB le mètre carré.
Le lac remblayé
Les experts de Wuhan s’alarment également de la situation de l’eau. Le nombre de lacs est passé de 100 en 1945 à 38 seulement aujourd’hui pour la seule ville de Wuhan d’aprés la Wuhan Water Authority. L’urbanisation croissante voit les lacs remblayés pour construire habitations et industries. La pêche intensive a également des conséquences désastreuses sur l’appauvrissement des sols et l’assèchement des lacs, explique Jin Boxin, expert des lacs et de l’eau à l’Université Huazhong. Malgré quelques efforts du gouvernement – comme une loi interdisant le déversement de déchets dans les lacs en 2002 – la situation continue de se détériorer.
Réactions citoyennes et mobilisation artistique
Face à ces problèmes qui concernent directement les habitants de Wuhan, un groupe s’est formé pour essayer de faire connaitre et de dénoncer ce projet de parc d’attraction gardé quasi secret par le gouvernement local. De nombreuses actions ont été menées dès le début des travaux en avril. Une pétition a été rédigée et a circulé pendant plusieurs semaines avant d’être interdite par le gouvernement. En effet, dans un contexte politique très fermé, les citoyens doivent trouver des moyens de se faire entendre en évitant toutes confrontations directes avec le gouvernement. Les paysans expropriés confessent ne pas croire en la loi chinoise pour les protéger, ainsi c’est sous la forme d’un collectif de protection du lac que des étudiants, professeurs d’université, paysans et autres curieux ont décidé de se mobiliser.
Un flyer annonçant la projection d’un film autour du lac de l’Est suivi d’un débat.
« Notre lac de l’Est » est le nom qu’ils ont choisi pour les représenter. Un site Internet a été ouvert dans un premier temps, afin de réunir toutes les informations disponibles autour du lac et du projet de parc d’attraction également. Les différents participants se sont mis ensemble pour collecter, recouper et confronter les données auxquelles ils pouvaient accéder afin de dénicher des preuves et de créer des outils pour expliquer le projet (comme les cartes ci-dessus). Des réactions ont également été postées par différents acteurs du mouvement, relayées ensuite dans différents blogs, sites d’ informations et journaux. Le forum également mis en place a tenu lieu de salle de débat et, comme souvent aujourd’hui en Chine, Internet a servi de vecteur pour créer un projet commun par le débat.
Devant la difficulté du terrain politique, un projet artistique d’envergure a vu le jour. Fédéré autour du site Donghu2010, des créateurs, artistes et activistes ont décidé de se regrouper pour protester contre la destruction du patrimoine naturel de Wuhan. La dernière portion de mur restant des anciens villages a ainsi été reconvertie et baptisée « Mémorial de 30 mètres » par plusieurs jeunes artistes. Ce mur se veut un symbole contre un nouveau décret de la municipalité de Wuhan qui considère désormais que toute zone située à plus de 30 m du bord du lac peut être construite. « Les gens ne se rendent pas compte que 30m, ce n’est vraiment rien », déplore MaiDian un jeune artiste habitant près du lac. Il constate également qu’il n’y a eu aucun débat ni consultation sur ce chiffre et que le gouvernement a communiqué de manière plus qu’obscure sur ce décret. En réalisant ce « Mémorial de 30 mètres », il essaie de donner à voir aux gens ce décret dans sa triste réalité.
Le « Mémorial de 30 mètres »
Le 14 Juillet dernier, une manifestation artistique a été organisée. Intitulée Drama Free XX, ses créateurs la considèrent comme une « socio-tragédie ». La chorégraphe Wu Meng est venue pour l’occasion de Shanghai afin de créer le spectacle avec des acteurs locaux. Membre de la compagnie Grass Stage à Shanghai, elle avoue avoir été choquée par l’annonce de la construction de ce parc dans ce lieu qui, pour l’imaginaire chinois, est une merveille de la nature. Au son de la guitare électrique, les passants ont pu découvrir une chorégraphie étrange et torturée.
Depuis, chaque jour connait son lot de créations : photographes, musiciens, étudiants et conteurs se réunissent et viennent rendre hommage au lac. Des débats, conférences et activités sont organisés pour préserver, voire commémorer peut-être le seul ilôt de calme qui subsiste dans la grisaille urbaine de Wuhan.
Toutes les informations sur le projet artistique sont disponibles sur www.donghu2010.org
Le Lac de l’Est aujourd’hui
Le Lac de l’Est en 2007
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D’après Global Times , article disponible ici
Voir également l’article dans China Study Group
Toutes les photos sauf indication sont issues du site donghu2010.org ainsi que de la page Douban de Desire’s house